Pas un art.
Que ces belles journées d'automne sont parfumées ! Ah ! L'aube danse dans un rayon de mille légères particules de poussière. Je sens, sur ma joue, une tendre invitation au voyage... Frère d'élection, fais moi tournoyer dans une valse endiablée. Toi ange, je serais diablesse dans ce mystérieux escalier d'ivresse. Petite moitié, laisse-moi m'évader, m'envoler sous la douceur de tes caresses, m'abandonner à ces envies étouffées et plaisirs interdits ! Car il est des sensations délicates et raffinées que l'on aime tant.
Lorsque je m'endors, le soir, tel une âme cherchant à quitter son corps, dans mes draps nus d'odeurs et de toi, je me surprends à penser que, dès demain, je profiterai comme jamais auparavant, je n'avais osé. Un de ces vacarmes inouïs ! Désordre de gestes et d'humeurs, de troubles et d'horreurs, de passion et de couleurs !
Petite moitié, dans tes bras amenant presque douleur, enivrés à mourir, je me laisse à penser que, dès ce même lendemain, je ne poserai plus de limites. N'éprouver que du bien, jusqu'à cet extrême du bien ! Tel au creux de tes reins... Je nommerai ce bien plaisir, jouissance, extase. Petite moitié... rien à perdre ! Ou peut-être seulement moi...
Sur un océan de tendresse, mon regard flotte à perte de sens. De loin, en retrait, la vie semble continuer sans moi. Et il y a de ces natures gâtées, je les vois ces génies ! Qu'ils paraissent vigoureux et inébranlables ! Il y a aussi ces génies de rien. Pas un art ! Pas même une main frottant une guitare, pas même une plume croquant une illustration désirée, petite moitié, pas même une voix susurrant de jolis vers tant cherchés, pas même de tournois sportifs à s'en bagarrer. Pas un art.
Je suis une de celles...
Si tu pouvais, petite moitié, m'emporter chez les anges. Il faudrait s'enfuire au galop et regarder d'en haut cette vie dépourvue de nos âmes.
Je nourrirais alors l'idolâtrie des gens de ce monde. Toutes ces âmes qui me désirent !
N'importe où j'irais, ils me suivraient. Dans ces vastes jardins aux sentiers perdus, dans ces fragiles étendues de mer, dans ces plages noyées de soleil, dans ces rêves où les Alizés sont parfumés de rosée.
Petite moitié, tu me verrais sourire et danser sur ces rythmes portés par la célébrité. Je me permettrais tout ! Des idées les plus cachées et secrètes aux plus affichées et follettes.
L'art pousserait en moi, tel une plante sauvage tressant ses tiges grasses en mon corps, et je saurais alors chanter ces airs enivrés de passion, jouer sur le rythme de nos fièvres refoulées, dessiner la pureté de ces soleils blancs, raconter la volupté de quelques légendes oubliées.
Accorde-moi, petite moitié, un de ces bonheurs tant inexplorés.
Mais si seulement petite moitié, si seulement déjà, je t'avais trouvée ! Je t'ai pourtant longtemps cherchée, retournant palais et royaumes, dérangeant galets et coquillages roulés par les vagues sur des plages incertaines, au crépuscule des sources immortelles, dans les pays charmants où les hommes s'avancent le torse brillant sous un soleil accablant.
Le jour tombe. Laisse-moi encore m'enivrer de ces étrangetés rêvées... Une nuit prochaine, je me laisserai couler dans les méandres de ton corps.
Sujet : Ecrire un texte à la manière de Baudelaire dans Le Spleen De Paris . . .